25ème fil: Promets de ne jamais m’oublier.

Illustration d'époque: une femme résiste à la Bete de GevaudanDanielson Gambogi Belle tête de femme autoportrait dans la nuit Dulcie Ragget fillette poupée aborigène Suzanne est écrasée sous le poids des Anciens sujet biblique art féministe Femmes en colère déchirant les murs de leurs griffes tableau surréaiste Dorothéa Tanning

Une vieille femme m’a élevée, dans une mansarde. Nous ne voyions personne. Une ou deux fois par année, une belle femme voilée nous rendait visite. Elle pleurait. Pourtant, ses habits étaient de fine soie et des bagues en or ornaient ses doigts aux ongles d’opale. Nous lui offrions des galettes d’épeautre qu’elle faisait semblant de grignoter. Assise sur notre meilleure chaise, elle m’offrait des cadeaux dont était chargée sa servante, debout derrière elle, et me caressait les cheveux :
– Ne sois pas triste d’être sans famille, c’est un lot enviable. Avec une dot subséquente, nous trouverons à te marier. Je t’aiderais, tu verras, tu n’as pas à te faire de souci. Tu auras ta propre famille, celle que tu fonderas, celle que tu désireras, et non celle imposée par le destin qui pèse lourd de toutes ses traditions, de toutes ses règles, de toute sa lignée tyrannique. Le prestige de ma famille a brisé ma vie, toutes mes espérances d’un mariage heureux avec l’homme que je m’étais choisi ont été écrasées au nom de notre réputation. Si j’avais été un homme, ils n’auraient pas osé me traiter comme il’s l’ont fait, m’enfermer, me priver de ma joie.
Elle me prit dans ses bras, pleura encore plus fort. Son chagrin me fit peur, je ne savais comment y répondre. Elle sécha ses larmes :
– Mais toi tu es libre. Tu es née sans passé, hors des préjugés, hors de toutes exigences. Et moi, je t’aiderai à vivre ta vie comme tu le souhaites.
Puis elle prit mon menton entre ses mains et me leva le visage.
– Ecoute-moi bien. Tu te souviendras de moi, n’est-ce pas ? Promets-moi, promets que jamais au grand jamais, tu ne m’oublieras.
– Je promets.
Comment aurais-je pu l’oublier ?! Si seulement j’avais osé insister auprès de la vieille pour savoir qui était cette visiteuse. J’aurais pu, peut-être… Silence, voici ton père.

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    Ce qui me frappe, c’est qu’on ne sait presque rien de ces femmes, leur nom, le lieu, leur âge, à quoi elles ressemblent… Et pourtant on s’y identifie toujours facilement. Elles sont reliées par des histoires universelles de femmes !

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